Une institutrice qui a changé de pédagogie

Des enseignants, après plusieurs années d'expérience, tente une nouvelle approche auprès de leurs élèves en utilisant des pédagogies qui ont fait leurs preuves. Magalie, dont vous allez découvrir l'interview, est l'une d'entre eux. Décision pas toujours évidente à prendre, surtout si l'inspection académique ne les soutient pas. Heureusement, certains inspecteurs sont ouverts à cette démarche.

Bonjour Magalie, vous êtes institutrice dans une école primaire dans le Sud-Ouest. J'ai voulu vous interviewer pour comprendre comment vous fonctionnez avec les élèves, les parents, et  vos collègues. Pourriez vous me raconter votre parcours ?  J'ai fait une Licence STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives). Au départ, je voulais être professeur de sport. C'était une formation où il y avait beaucoup de pédagogie et de travail sur le terrain puisqu'en STAPS Première année, on a des stages avec des élèves tout au long de l'année. En fait, j'ai été déclarée inapte à passer le CAPEPS (Certificat d'Aptitude au Professorat d'Education Physique et Sportive). Je me suis demandée ce que j'allais faire et j'ai choisi le concours de professeur des écoles. Ma licence STAPS avait une option Handicap, ce qui veut dire que j'ai également fait une formation Éducation au Handicap et Psychologie. J'ai tenté le concours IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) que j'ai eu. Je suis partie pour être institutrice à défaut de pouvoir être prof de sport. 

Vous avez toujours été institutrice dans le Sud-Ouest ou vous avez changé de région ?  Non, j'ai toujours été instit dans le Sud-Ouest. J'ai démarré en ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire) et maintenant, je suis dans une petite école de campagne. 

Est-ce que vous pouvez me parler de votre relation avec les élèves ? Aussi bien au niveau du groupe classe que des individus ? Sachant que les élèves sont tous différents, comment gérez-vous cette relation avec eux en tant qu'adulte ? Comment démarrez-vous chaque année avec une nouvelle classe ?  Je démarre toujours avec une relation de groupe très importante et je passe beaucoup de temps à installer des moments de paroles. Tout le monde peut s'exprimer afin de savoir qui on est, les uns, les autres. Découvrir comment on fonctionne et avoir un groupe digne de ce nom. Je parle très tôt, si les élèves sont d'accord, des différences qu'il peut y avoir entre chacun, notamment, les dyslexiques, les dyspraxiques. Ce sont des choses qui sont expliquées dans ma classe. On s'aperçoit qu'on est tous différents, qu'on fonctionne différemment et qu'on a tous besoin d'aide de façon différente et individuelle, et donc, on essaie de voir ensemble ce que l'on peut mettre en place pour que ça marche.  Je ne peux pas fonctionner si le groupe ne s'entend pas. Je ne sais pas, c'est très intuitif, mais je passe beaucoup de temps à veiller à ce que j'ai réellement une cohésion de groupe, et je travaille beaucoup en sport parce que j'y vois plein de choses. Je fais pas mal de jeux coopératifs, où on doit coopérer les uns avec les autres pour y arriver, et soit tout le monde gagne, soit tout le monde perd. L'idée c'est qu'on gagne tous ensemble, et ça fonctionne plutôt bien.  Ensuite, je fonctionne en classe coopérative. Les élèves travaillent tous à leur rythme. Ils ont des fiches en classe. Je travaille sur un fichier qui s'appelle PIDAPI. Ils viennent tous me voir dès qu'ils ont besoin d'aide. Donc, j'ai autant une relation individuelle qu'une relation de groupe. 

Lorsque vous disiez tout à l'heure voir des choses en activité sportive, qu'est ce que vous remarquez par rapport aux élèves ? Je vois les enfants qui sont mis de côté, ou les enfants qui ne rentrent pas dans le fonctionnement collectif, parce que très rapidement, soit par des paroles, soit par des gestes, ils sont évincés du groupe. Je vois très vite ceux qui sont timides et timorés et qui restent au fond du terrain. Et je vois les leaders, de suite. En fait, c'est très net dans les jeux coopératifs. Du coup, je fais évoluer la règle pour que tout le monde trouve sa place. Si les leaders touchent tout le temps la balle, je mets la règle où on n'a pas le droit de la toucher plus de cinq fois sinon on sort du terrain, etc... Pour ceux qui ne sont pas dans la coopération et qui empêchent que le groupe avance, on pose tout le monde et on essaie de trouver des solutions. Et ça fonctionne plutôt pas mal. Alors c'est sûr, ça discute, ça bataille, mais on y arrive (rires). 

OK. Est-ce que vous pouvez expliquer votre méthodologie ? Vous parliez tout à l'heure du fichier PIDAPI, d'où vient-il ? Est-il fourni par l’Éducation Nationale ? Pas du tout. En fait, j'ai essentiellement évolué sur ce sujet cette année. Avant, je ne fonctionnais pas comme cela. J'ai fait un stage Freinet cet été. Attention, je ne me dis pas Instit Freinet, pas du tout, parce qu'il y a des choses dans lesquelles je me retrouve et d'autres dans lesquelles je me retrouve moins . J'ai toujours fonctionné avec la pédagogie du projet, parce que je trouve qu'on est face à un problème récurrent au niveau des enfants, c'est le manque de motivation. L'école à de moins en moins de sens pour beaucoup d'entre eux et d'après moi, la motivation est la base pour avoir envie de travailler. Cela fait quelques années que je me creuse la cervelle pour trouver comment les motiver. La pédagogie du projet marche très bien mais quand on est dans le projet !

Qu'est-ce que vous appelez la pédagogie du projet ?  Par exemple, on a le projet de faire une sortie vélo. On va travailler en géographie pour étudier la carte et notre trajet, en mathématiques pour calculer le coût du séjour, le prix du camping, le prix des repas, et du coup, on va faire des multiplications et des divisions, on va travailler en sport pour apprendre pour certains à faire du vélo, pour d'autres à apprendre à s'arrêter aux stop... bref maîtriser les contraintes du trajet. On va travailler en technologie sur tout ce qui est engrenages pour voir comment le système des vitesses fonctionne. Le projet, c'est donc une idée de départ, et on voit toutes les matières qui peuvent se greffer dessus. 

C'est créer du lien entre les matières étudiées et le projet ? C'est donner du sens à l'utilité des matières ? C'est ça et ça motive énormément les enfants parce qu'ils voient pourquoi ils travaillent. Par contre, il faut renouveler chaque année. Cela ne tient pas toute l'année, en fonction de son amplitude, sa dimension, et cela demande beaucoup d'investissement personnel. En dehors de cette période de projet, il faut encore énormément tirer la classe. J'ai cherché d'autres méthodes pour développer la motivation, et ce stage Freinet cet été m'a vraiment fait du bien. Le concept de classe coopératif me plaît énormément parce que dans ce fonctionnement la motivation est intrinsèque à la classe. Je n'ai pas besoin de mettre un « artifice » pour créer la motivation. Les enfants se sentent responsables de leurs apprentissages.  Dans la classe coopérative, il y a deux piliers. Il y a le « conseil de coopération » et le « quoi de neuf ». Le premier a lieu une fois par semaine, pour l'instant il dure environ une heure. J'aimerai bien que cela se réduise, mais c'est un peu compliqué. Pendant toute la semaine, les enfants ont accès à un tableau sur lequel ils peuvent écrire soit “je critique” soit “je propose” soit “je félicite” et ils complètent ce tableau au fur et à mesure en fonction de ce qu'il se passe dans la classe. Le conseil de coopération est là pour améliorer notre fonctionnement de classe. Cela donne un droit aux enfants sur “je n'aime pas comment cela fonctionne et je voudrais qu'on fasse autrement”, donc forcément, au niveau de la motivation, ça change tout. Une fois par semaine, on se met tous en cercle, là aussi, c'est un dispositif particulier, et moi, j'ai les mêmes droits que les enfants. Il y a un distributeur de paroles et un maître du temps, un secrétaire et un président. Pour l'instant, c'est moi, mais petit à petit les enfants prendront cette responsabilité. Je demande la parole de la même manière que les élèves. On traite d'abord dans le tableau les “je propose” et là, il y a plein d'idées. On discute, on vote pour chaque idée. Les décisions sont notées dans le cahier de coopération et ce qui a été décidé est mis en place dès le lundi qui suit. Cela change beaucoup de choses.

J'ai une question à ce sujet, c'est quelque chose qui peut déranger beaucoup d'adultes ! j'aimerai savoir si vous avez l'impression de perdre votre place d'adulte face à ces enfants, de perdre du pouvoir en leur donnant la parole ? C'est toute la base de la pédagogie coopérative. Le but, c'est que l'enseignant “perde sa place”. Et moi, contrairement à beaucoup d'adultes, ça me fait beaucoup de bien, en fait. J'avais l'impression depuis des années, de tirer ma classe, de porter mes élèves, et là, je ne porte plus mes élèves, mais on se porte tous ensemble et c'est bien plus agréable. Ça me convient parfaitement, et par contre, je ne perds pas du tout ma place d'adulte. Par exemple, avant les vacances, on a fait “le mot du jour”. Il s'agit d'une activité qui prend beaucoup de temps, mais on fait à la fois du vocabulaire, de l'orthographe, de la grammaire. Des enfants ont demandé que l'on mette un maître du temps pour cette activité parce qu'elle prenait trop de temps et qu'ils n'avaient pas assez de temps pour travailler sur leur fichier PIDAPI, et là, j'ai posé mon veto d'enseignante en disant non et en leur expliquant l'importance de cet exercice. Donc je ne perds pas ma place. Dès qu'ils débordent sur le terrain de l'enseignant, je leur mets un cadre et leur explique que ces décisions ne leur appartiennent pas, c'est tout. Mais par contre, il y a un tas de choses dans la classe qui ont été décidées comme par exemple la disposition des tables, la façon de se déplacer dans la classe et qui ont été mises en place depuis les réunions. Ce qui est intéressant, c'est que les enfants ont une importance. Ils ont conscience qu'ils peuvent décider de certaines choses dans la classe, et c'est vrai qu'au niveau de la motivation, c'est impressionnant, ça change tout. 

Il trouvent un statut d'individu à part entière ? Oui, et ils sont acteurs de ce qu'ils font dans cette classe, donc travailler, ça en fait partie. Pour parler de ma méthode, j'ai choisi le fonctionnement PIDAPI, et non, ce n'est pas du tout l'Education Nationale. C'est un fichier qui a été acheté par l'école avec notre budget classe. Ce sont des fiches en orthographe, en grammaire, en conjugaison et vocabulaire, en numération, en calcul, géométrie et mesures. Il y a des choses à prendre et des choses à laisser, mais leur fonctionnement est intéressant. Cela fonctionne en ceintures. Chaque enfant passe une pré-ceinture, il y a des couleurs : jaune, orange, vert, bleu, marron, noir. Cela correspond aux évaluations diagnostic demandées chaque année par l'Education Nationale. En fonction de cette pré-ceinture, si il y a des choses qu'ils ratent, ils ne vont travailler que ce qu'ils ont ratés. Il vont chercher la fiche qui correspond à la compétence qu'ils n'ont pas réussi, et ensuite, une fois qu'ils ont réussi à passer ces compétences, ils passent un test. Je le valide ou non. Si je ne le valide pas, ils ont encore une autre fiche d'exercices, mais plus simple à faire. Lorsque c'est validé, ils passent la ceinture. Lorsque c'est réussi, ils vont mettre une gommette sur leur tableau et ils peuvent passer à la ceinture suivante. C'est l'équivalent d'une évaluation, mais chacun à des moments différents. Il n'y a pas d'évaluation générale où tout le monde est assis et passe l'épreuve en même temps. Ce sont les enfants qui décident à quel moment ils peuvent passer leur ceinture, quand ils estiment qu'ils ont assez travaillé. On fonctionne avec un plan de travail que l'on remplit tous les lundis et ils décident de leur programme de la semaine dans les différentes matières et ils savent le nombre de fiches qu'ils ont a faire sur 15 jours. 

J'ai vu cette pédagogie être appliquée lorsque j'étais AVS en école primaire. L'institutrice l'utilisait et ça fonctionnait bien. Les enfants étaient très autonomes.  Oui, ça fonctionne vraiment bien parce qu'ils savent ce qu'ils ont à faire, ils sont naturellement contents d'avoir réussi à faire leur plan de travail. Dès qu'on a fini nos petites activités rituelles du matin, on passe en PIDAPI-français ou en PIDAPI-maths et ce sont eux qui vont chercher leurs fiches, qui viennent me demander de l'aide quand ils butent sur quelque chose. Ils sont complètement autonomes sur leur travail. Moi, ça me permet d'avoir beaucoup plus de temps pour les élèves qui en ont besoin, et ceux qui n'ont pas besoin de moi ne s'ennuient pas et avance à leur rythme. Dans la classe, tout le monde sait ce qu'il a à faire. Il y a beaucoup moins de moments de leçon comme je pouvais faire avant. Lorsque je vois qu'une notion n'a pas été réussie par 8 ou 10 enfants, là je fais des petits ateliers de remédiation, donc ça réponds à une demande. C'est à dire qu'on ne fait pas une leçon parce qu'elle est dans le programme mais parce qu'ils en ont besoin, et ils y vont avec joie. Cela fait sens pour eux.

Vous sentez la différence avec votre méthode précédente ? Oh que oui. C'est fou, c'est incroyable, j'ai des élèves surmotivés. Par exemple, j'ai eu une réunion d'équipe éducative pour une élève. Je devais m'absenter de la classe, il aurait fallu que je les dispatche dans les autres classes. J'ai demandé à ma collègue si elle voulait bien ouvrir la porte de sa classe, je lui ai expliqué qu'ils étaient en fonctionnement PIDAPI, et que normalement ça devrait bien se passer... Je les ai laissé 3/4h tous seuls et ma collègue m'a dit “il y avait moins de bruit dans ta classe que dans la mienne !”. En fait, ils étaient tous en train de travailler. Elle est juste venue voir, et elle m'a dit que certains étaient en train de chercher leurs fiches, d'autres étaient en train de s'entraider, d'autres étaient en train de travailler.

Ils se sentent responsables de leur scolarité ? Oui, tout à fait. Il y a également une chose très importante qui est la base de la classe coopérative, c'est l'entraide. Dans nos règles de vie, c'est quelque chose qu'ils n'ont pas le droit de changer et qui ne bougera pas de l'année : on se doit de s'aider les uns les autres. Lorsqu'ils vont mettre sur le tableau leurs petites gommettes que je leur donne, ce n'est pas un tableau qui permet de se comparer, et d'être dans la compétition, mais au contraire... "à tiens, lui il a une ceinture jaune en numération, moi je suis en difficulté sur telle notion, donc je vais pouvoir aller lui demander de l'aide" et donc ils se réfèrent au tableau pour savoir à qui ils peuvent aller demander de l'aide. On a le droit d'aller demander de l'aide à quelqu'un qui a déjà eu la ceinture. Après, petit à petit, il y aura une formation au tutorat, mais ça je ne l'ai pas encore mise en place. C'est trop tôt pour l'instant. 

Ce que vous décrivez à l'air presque parfait, mais est-ce qu'il arrive qu'il y ait des conflits dans la classe ? Entre les élèves ?  Oui, bien évidemment. C'est ce qui fait aussi la classe coopérative. Alors moi, j'ai mis en place ce qui s'appelle “les messages clairs”. Cela s'inspire de la Communication Non Violente. Lorsqu'il y a une difficulté avec un élève en classe, qu'il gêne parce qu'il fait du bruit, parce qu'il prend la feuille du voisin, son crayon... ils ont le droit de sortir de ma classe, ils s'inscrivent sur le tableau en notant "message clair". Ils vont tous les deux dans le couloir. On a travaillé ensemble pour savoir comment faire. Ils partent du constat : “quand tu fais ceci ou cela...” l'élève doit dire ce qu'il ressent “moi je ressens de la colère, ça m'agace, ça me rend triste...” du coup (ça nous permet aussi de travailler sur les émotions) et après “est-ce que tu peux arrêter de...?”. Si l'élève répond “oui”, on s'en tient là, on passe à autre chose. Pour l'instant on en est là.  "Les messages clairs" ne sont pas en application dans toute l'école, ce qui pose problème à mes élèves qui me demandent comment faire. Ils essayent de dire ce qu'ils ressentent. On a expliqué que c'était important. Les adultes peuvent servir de médiateur lorsque les conflits n'arrivent pas à se résoudre par exemple, mais en tout cas, ils ont ce moyen là pour pouvoir se parler et essayer de résoudre les conflits autrement que par la violence. Et si jamais, on a fait plusieurs fois un message clair à un élève et que manifestement l'élève dit oui mais ne change pas son attitude, on a un recours. On peut demander à l'adulte de servir de médiateur et si cela ne fonctionne toujours pas, on peut inscrire l'élève dans la partie “je critique” et tous les élèves savent que c'est grave, donc les conflits sont réglés avant. Mais cela leur donne surtout de l'autonomie et de l'indépendance dans la gestion de conflits et cela évite beaucoup le comportement de “petit rapporteur”. C'était très fréquent en début d'année, mais ils ont appris à utiliser l'outil et les choses ont vraiment évoluées. 

J'aimerai également que vous me parliez de l'outil que vous utilisez qui s'appelle je crois “la fleur” ? Oui, c'est un outil parmi d'autres. C'est un outil utilisé dans les pédagogies coopératives (OCCE) qui donnent ces outils là, il y en a d'autres comme "le Bingo de la connaissance des autres"; Il existe beaucoup de petits outils pour apprendre à se connaître. On s'aperçoit à l'école que les élèves ne se connaissent pas entre eux. Il n'y a pas d'espace de paroles où ils peuvent se dire. “La fleur qui fait du bien”est une grosse fleur dessinée sur une feuille A4, avec le cœur de la fleur en rond et les pétales autour. Au centre de la fleur chaque élève note son nom ensuite on retourne les feuilles pour qu'on ne voit pas les prénoms et pendant 3 minutes on échange les feuilles jusqu'à ce que je dise “stop”, et là chacun retourne la feuille qu'il a reçu et dans un des pétales, il doit écrire un compliment qui s'adresse à la personne qui est notée au centre de la feuille. J'utilise cet outil là en fin de trimestre, quand les élèves commencent à se connaître (on le fait 7 ou 8 fois pour remplir tous les pétales). Il y a beaucoup d'enfants qui s'aperçoivent qu'on pense du bien d'eux dans la classe. Les mots ne sont pas forcément signés, mais ils reconnaissent les écritures. En tout cas, ça change énormément l'atmosphère de la classe.  Maintenant, avec le conseil de coopération, comme on a le “je félicite”, chaque semaine, il y a des élèves qui se félicitent les uns les autres et ça c'est assez incroyable parce que je ne pensais pas que ça marcherait comme ça. Par exemple, il y a une élève qui est en difficulté dans la classe, tout le monde le sait, elle est dyslexique et dysorthographique. On en a parlé. Elle a besoin d'un peu plus de temps, elle a besoin qu'on lui lise les consignes et en plus elle est très timide. A ce moment là on travaillait sur les grands nombres et elle avait du mal et moi, j'avais installé au tableau un exercice à remplir. Je lui ai proposé de venir devant tout le monde pour le travailler. C'était compliqué pour elle, elle a versé une petite larme, je l'ai rassurée, elle a réussi l'exercice, et naturellement les élèves ont applaudis à la fin de l'exercice. Ensuite il y en a plein qui ont été noté sur le tableau “je félicite Laurie parce qu'elle a dépassé sa peur...” et se sont des choses qui sont devenues très naturelles dans la classe. J'aurai du coup peut-être moins besoin de la fleur parce que toutes les semaines, on a des enfants qui sont félicités !

Est-ce que vous pouvez nous parler de la gestion du handicap et de la différence, même si vous avez déjà abordé le sujet ?  Pour les élèves dyspraxiques ou dyslexiques, les fiches PIDAPI et surtout l'autonomie peuvent être compliqué. Du coup, je leur prépare leur plan de travail et toutes les photocopies des fiches à l'avance. Ils viennent chercher à mon bureau les photocopies en fonction de ce qu'ils ont envie de faire, je fais la lecture de consigne avec eux et je passe toutes les consignes en fluo, je vérifie qu'ils ont bien compris. Je pense gérer cela jusqu'aux vacances de Noël le temps que tous les autres rentrent dans le fonctionnement, mais après, je mettrais en place des tuteurs pour que je n'ai que la lecture de consignes pour les enfants en situation de handicap. Le but est qu'ils gagnent en autonomie et qu'ils “s'éloignent” un peu de moi pour qu'ils trouvent aussi leur propre évolution. Certains ont fait ça pendant une semaine et ont très vite compris le fonctionnement des fiches et se sont rapidement mis au même système que les autres. C'est pour eux une grande fierté de pouvoir se débrouiller seul. Il y a dans la classe un petit tableau blanc sur lequel les élèves peuvent s'inscrire quand ils ont besoin d'aide. Cela évite d'avoir une file de 10 élèves qui m'attendent à mon bureau, où ils perdent leur temps. Comme ils ont leur plan de travail et qu'ils savent ce qu'ils ont à faire, si ils sont bloqués sur une matière, ils s'inscrivent sur le tableau et font une autre matière en attendant. Je les appelle individuellement à mon bureau. Une fois que je les ai aidés, ils se rayent sur le tableau.  Pour revenir au handicap, ce n'est pas un tabou dans ma classe. Je demande toujours à l'enfant si il est d'accord pour qu'on en parle. Ces choses sont explicitées dans la classe : les élèves qui sont en difficulté, les élèves qui ont besoin d'aide, et je pense que ça leur fait beaucoup de bien. La dyslexie, ils savent ce que c'est. La dyspraxie, ils savent ce que c'est. Il y a un enfant dans la classe qui bégaye par exemple, j'ai rencontré la maman, elle m'a demandé si le sujet pouvait être abordé en classe, j'ai posé la question à l'enfant. Je lui ai proposé d'y réfléchir, et qu'il présente à la classe l'outil qu'il utilise pour l'aider. Il a réfléchi deux jours, et a accepté. On en a parlé en classe. Il a expliqué aux autres élèves de la classe à quel moment il bégayait et pourquoi. Avec une psychologue, il travaille sur un geste dessinant une vague et quand on sent qu'il part dans le bégaiement, on lui fait juste le geste, et cela le remet en situation de calme, ça l'aide à respirer et à calmer son bégaiement. Dans la classe, on a tous appris à faire le geste, et quand il en a besoin, le geste est fait. Ce sont des choses qui sont dites, verbalisées. Ce qui fait que la différence est une notion normale au sein de la classe. Elle est complètement acceptée. Cela ne leur pose aucun problème. Il y a également un enfant diabétique, plusieurs dyslexiques, deux ou trois dyspraxiques.

Alors, à ce sujet, mon expérience d'AVS a été courte, mais très instructive. Avez-vous déjà eu des AVS dans votre classe ?  Oui !

Et comment le gérez-vous ? De ma propre expérience, je vivais mal le fait d'être AVS pour un seul élève dyslexique alors que d'autres élèves l'étaient également et que je n'avais pas le droit de les aider. On me disait : tu es là pour cet élève-là et tu ne dois pas aider les autres et je trouvais ça terriblement injuste ! Je crois que ça commence à évoluer, parce qu'ils mettent des AVS collectives. Pour ma part, j'ai toujours demandé à l'AVS si cela ne la gênait pas d'aider d'autres enfant quand elle voyait que l'élève n'avait pas trop besoin d'elle, plutôt que d'être à côté sans rien faire. En fait, elle avait une table réservée, et j'installais les élèves en difficulté autour d'elle, elle avait sa place dans la classe, et pouvait être disponible également pour les autres, avec évidemment une priorité à l'élève qui bénéficiait de l'AVS. Dans les textes, elle n'est pas sensée aidée les autres. je lui demandais si elle était quand même d'accord pour le faire. C'était un accord tacite entre nous. Autant pour elle que pour moi, c'était plus intéressant. Ça lui apportait plus de choses, et ça a fait énormément de bien aux deux ou trois élèves qu'elle a pu aider aussi. 

J'aimerai également vous demander comment vous gérer la relation avec les parents de vos élèves ?  J'essaie d'ouvrir le plus possible. J'ai fait une réunion de rentrée classique, comme on fait à chaque début d'année. Comme maintenant je suis dans un fonctionnement de classe coopérative, j'ai demandé aux élèves de présenter ce que l'on fait dans la classe, puisque après tout, ils étaient autant partie prenante de la classe que moi. Je leur ai dit que je trouverais cela intéressant que ce soit eux qui présentent notre classe à leurs parents. J'ai eu 12 enfants à la réunion. Les 3/4 des parents étaient présents. C'est beaucoup d'informations d'un coup, donc il y a des parents qui n'ont pas tout retenu et puis c'est un sacré changement. J'ai des CM1-CM2, les parents de l'année dernière étaient un peu perdus cette année. Il n'y a pas les corrections comme d'habitude, il n'y a pas de travail à la maison comme d'habitude... et oui, comme on fait tout en classe...

Ah, vous ne donnez pas de devoirs à la maison ?  Il y en a nettement moins que les années précédentes. On a même décidé avec les élèves ce qu'ils allaient faire comme devoirs à la maison. Une fois par semaine, ils ont des opérations (pour entretenir) après ils ont quelques leçons, mais finalement comme on travaille beaucoup avec les outils, ils n'ont pas vraiment besoin de les revoir le soir. Ils ont des mots à apprendre toutes les semaines parce qu'en orthographe, on ne peut pas y couper, mais après il y a très peu de devoirs. Il y a eu des retours inquiets de la part des parents, disant que je ne préparais pas bien à la sixième. Je les ai rassurés et depuis ils voient le résultat sur leurs enfants. De toute façon, lorsque je sens qu'il y a un problème, je demande très vite à voir les parents.  Et les enfants ont également demandé à ce que l'on fasse des journées portes ouvertes dans ma classe pour que leurs parents puissent venir voir comment on travaillait. C'est justement ressorti au "conseil de coopération" vendredi et il y a 4 élèves qui sont chargés de faire le mot à la rentrée, de faire les plannings pour que les parents s'inscrivent... J'ai demandé l'accord à ma directrice pour que des parents puissent venir suivre des matinées en classe. 

C'est une première ça ! Ça existe déjà dans les écoles françaises ?  Je ne sais pas ! La plupart du temps, les dysfonctionnements avec les parents sont déclenchés lorsqu'ils ont eux-mêmes été en souffrance à l'école, ou lorsqu'ils ont peur pour leurs enfants. Après, il n'y a pas grand chose d'autre derrière. La meilleure façon de casser tout ça, c'est de les faire revenir en classe et de les rassurer. A la rentrée, je pense que je vais avoir un défilé de parents... mais c'est bien, je vais les mettre à contribution.

Est-ce que vous pouvez me parler de l'importance de l'équipe enseignante avec laquelle vous travaillez, quels liens avez-vous avec le reste de l'équipe ? Est-ce que les autres enseignants fonctionnent avec la même pédagogie ? Alors, côté relation équipe enseignante, nettement mieux depuis cette année, depuis que nous avons changé de direction. On avait une directrice avec laquelle ça se passait très mal, les sept dernières années que j'ai vécu à l'école ont été difficiles. Elle n'était pas dans la communication, avec une tendance à la manipulation, c'était vraiment compliqué. C'est avec le changement que je me rends compte à quel point c'était très lourd au quotidien, et à quel point ça change des choses aussi au niveau de l'école. On a maintenant quelqu'un d'ouvert, qui a envie d'être directrice et qui aime son métier. L'ambiance dans l'école est très chouette. Elle ne peut pas fonctionner si on ne ne prends pas les décisions en équipe... ça change ! (sourire)  Elle est très attachée à ce qu'on discute, même si cela concerne le cycle 2. Il y a une cohésion qui avait été sérieusement cassée, qui se met à nouveau en place.  Le stage Freinet, je l'ai fait avec une collègue de CE2. L'avantage, c'est que les élèves qui finiront l'année avec elle avec des ceintures orange dans telles notions, je vais les reprendre exactement là où ils se sont arrêtés. Il n'y aura pas de perte de temps à ressasser des choses qu'ils maîtrisent déjà. La poursuite des apprentissages est nette dans l'esprit des élèves. Le fonctionnement des pédagogies coopératives est intéressant si il y a une cohérence entre les niveaux de classe. Le fait d'être deux est motivant, et en plus, les autres collègues commencent à s'intéresser à la méthode. L'autre institutrice de CM1-CM2 va la mettre en place à la rentrée. La directrice qui est en CE2-CM1 est également très motivée. Dans un ou deux ans, le cycle 3 fonctionnera totalement en pédagogie coopérative. Pour le cycle 2, il leur faudra un peu plus de temps, mais petit à petit on y arrivera. Les “messages clairs” pourront fonctionner sur tout le cycle 3 par exemple. 

Ce qui veut dire moins de tensions dans la cour de récréation ?  Oui, quoi que, dans la cour de récréation, on a mis en place un système de permis à points qui fonctionne bien depuis pas mal d'années. Il y a également un conseil d'enfants. Du coup, nous n'avons pas énormément de tensions dans la cour. Mais je pense que les enfants seront très contents de voir que les adultes coopèrent autant qu'eux, en fait. C'est dans cette idée là aussi que la pédagogie est intéressante. Je pense vraiment que cela va porter ses fruits. Il y a matière à faire quelque chose de très chouette dans les années à venir. 

C'est ce que j'appelle une scolarité positive. C'est bien, ça me plaît ! Oui vraiment, ça fait du bien. (sourires)

Ça va dans le sens de mon blog ! L'idée est de recenser toutes ces actions, tous ces choix qui permettent à l'école publique d'être positive et bénéfique pour les élèves. Et la preuve est là, ça marche ! Il y a de plus en plus d'enseignants qui se dirigent vers ses pédagogies, qui essaient de trouver d'autres façons de faire avec les élèves, parce qu'ils ont besoin de vivre autrement leur classe et que l'on n'obtient pas les réponses de la part de l'Institution.

Alors, justement, vous faites le lien avec ma prochaine question : quelle relation avec vous avec les inspecteurs ? Comment les instituteurs, comme vous, qui prennent cette direction-là sont perçus par l'inspection académique ?  Je ne sais pas trop parce que mon inspecteur ne sait pas que j'ai fait un stage Freinet. Je ne lui ai pas dit. Il est venu m'inspecter il y a 5 ans. Je ne sais pas quand est-ce qu'il reviendra non plus. On n'a pas de relations très proches avec nos inspecteurs.

Mais si vous avez des difficultés dans votre relation avec les élèves ou les parents, ce n'est pas l'inspecteur que vous contactez ?  Si j'avais de grosses difficultés, oui, mais ce serait vraiment le dernier recours. Il y a des parents qui fonctionnent comme ça aussi. Qui ont du mal à aller voir les enseignants et qui vont directement voir les inspecteurs. Au quel cas, on se retrouve en lien avec son inspecteur. Pour ma part, j'ai toujours eu des bons rapports avec mon inspecteur et je sais, parce que ça c'est passé dans la circonscription avec d'autres enseignants qui font de la pédagogie coopérative aussi, qu'il a été défendant. C'est à dire qu'il a essayé d'entendre les demandes des parents disant qu'il n'y avait pas de visibilité, qu'on ne savait pas ce qu'ils faisaient en classe et que c'était compliqué pour eux. Il a demandé à l'enseignant d'avoir un peu plus de lisibilité, d'avoir des retours à la maison plus régulièrement pour que les parents puissent suivre leurs enfants, mais il n'a pas été cassant vis à vis de cet enseignant. Il l'a même aidé et soutenu pas mal de temps. Il se trouve que sur une autre circonscription, pas très loin de chez nous, qui ne dépend pas de mon inspecteur, il y a un inspecteur qui est très intéressé par les pédagogies Freinet, et dans un des villages, il y a une école qui a ouvert. Elle n'est pas intitulée Freinet, mais cet inspecteur a prévenu les enseignants qui ont déjà mis en place cette pédagogie, de demander leur mutation pour cette école, afin qu'il y ait une continuité logique dans la pédagogie de l'école. Donc, ça commence à bouger ! Pas partout... on est bien d'accord. 

Et ça ne va pas jusqu'au collège ?  Ah non. Ou du moins, jusqu'à peu, je n'en avais jamais entendu parlé !

Est-ce que ça existe ?  J'ai rencontré des enseignants de collège et de lycée au stage Freinet. Ça m'a vraiment réconciliée avec eux. 

J'aimerais pouvoir les interviewer ! J'en connais quelques unes qui sont vraiment intéressantes. Elles mettent en place un plan de travail en cours de français. Et ça a du sens. Elles ont les élèves suffisamment de temps pour installer des petites choses. Il n'y en avait pas beaucoup, mais il y a des enseignants qui commencent à se poser des questions. Il y a également le “texte libre” qu'elles pratiquent. Cela fait partie de mon plan de travail, tous les 15 jours, les élèves peuvent écrire un texte, sur le thème de leur choix, et ils ont le droit d'écrire ce qu'ils veulent. Cela peut être imaginaire, ça peut être ce qu'ils vivent à la maison, ça peut être n'importe quoi. Ils ont le droit de tout dire.

Ils ont le droit de s'exprimer ?  Oui, il peut être long, il peut être court, c'est eux qui décident. Ils font un premier jet. Je fais une pré-correction avec des codes de correction orthographique. Ils essaient de se corriger. Une fois qu'ils ont essayé de se corriger, ils viennent me voir et on fait une correction ensemble. Pour le coup, le travail en orthographe est super intéressant parce qu'il s'agit de leurs mots. Et après ils recopient sur un cahier d'écrivain. Depuis la rentrée, ils ont déjà trois textes libres chacun. Et c'est étonnant parce que ça va dans tous les sens. Ces enseignantes utilisent également cet outil en collège et en lycée. 

Tout ce que vous racontez est bien et positif, mais je suppose qu'il y a quand même des matins où vous n'êtes pas en forme, des journées où vous êtes agacée, en fonction de votre vie personnelle... comment gérez-vous ces périodes où vous êtes moins disponible, moins à l'écoute ?  Cela arrive, évidemment, et je leur dis.

Vous le formulez auprès des élèves ?  Je leur dit : "je suis désolée, je ne suis vraiment pas bien aujourd'hui, donc, il ne faut pas m'énerver". Lorsque je ne suis pas disponible, je leur dit. 

Et est-ce qu'ils l'entendent ?  Oui, parfaitement. Parce que je leur permets la même chose. 

Vous leur permettez aussi de ne pas être bien ? Oui, avec le plan de travail par exemple, si ils n'ont pas envie de faire d'orthographe, ils ne le font pas parce qu'aujourd'hui, ils ne se le sentent pas, si ils ne veulent pas faire la ceinture, ils ne sont pas obligés. Ils le feront un autre jour, où ils se sentiront mieux. Et bien moi, de la même manière, si je ne suis pas prête à les aider parce que je n'ai pas les ressources, je leur dit. Pendant un quart d'heure, je ne suis pas disponible. Au contraire, ça leur fait énormément de bien de voir que les adultes sont comme eux finalement, ou acceptent qu'ils soient comme eux. La plupart du temps, je verbalise... "je suis vraiment de très mauvaise humeur ce matin, je suis désolée..." Comme on travaille sur les émotions et qu'à travers les “messages clairs” ils en parlent, et bien je fais pareil. Je fais un “message clair” à toute la classe. 

Pour les parents qui pourraient être inquiets que vous suiviez ou non le programme écrit par l'Education Nationale et qui doit être validé en fin d'année, est-ce que vous voulez ajouter quelque chose ?  Je commence toujours ma réunion en début d'année en leur disant : je ne fais pas le programme, et depuis que je suis enseignante, je n'en ai jamais fait un. Rassurez-vous, tout va bien ! Je commence toujours ma réunion comme ça ! Parce que le programme est totalement hallucinant et qu'il est infaisable. 

Par rapport à la quantité de choses à étudier ?  Oui, vraiment. Ou alors les enfants deviennent des machines. Et puis à un moment donné, il faut arrêter de penser que parce que vous avez fait la totalité du programme, tout va bien. C'est un leurre. J'explique cela aux parents. Les fiches PIDAPI leur renvoient cette peur. Ils n'auront pas tous travaillé la même chose. Mais au moins ce qui aura été travaillé aura eu du sens et les enfants le retiendront.

Ils auront tous travaillé la même chose mais à des rythmes différents ? Oui, mais les plus à l'aise auront vu plus de compétences que d'autres. Forcément pour les parents des élèves en difficulté, c'est angoissant. Dans la méthode précédente, on faisait tous la compétence en même temps, mais elle n'était pas forcément assimilée et là est toute la différence. Quel est le plus important et intéressant ? Qu'ils travaillent vraiment sur ce dont ils ont besoin et ne s'éternisent pas sur ce qu'ils maîtrisent déjà ? Ils avancent à leur rythme et c'est acquis. Ou on revoit la notion plusieurs fois jusqu'à ce que le dernier ai compris, mais pendant ce temps là, le reste de la classe perd son temps. Ou bien, on lâche les moins bons, et tant pis pour eux ? Ces arguments, les parents les comprennent très bien. Et puis, il y a une chose qu'ils apprécient, c'est quand leur enfant est content d'aller à l'école. Les élèves comprennent ce qu'ils font et où ils en sont, donc ils sont capables de leur expliquer. Une fois qu'ils sentent que leurs enfants sont biens et qu'il n'y a pas de blocage, et qu'ils ont même des retours plutôt positifs de ce qu'il se passe, les parents je ne les voient pas. Ils ont juste besoin d'être rassuré.

Vous parliez du passage au collège. Est-ce qu'il y a un lien avec le collège ?  Oui, il y a une liaison école-sixième qui existe depuis plusieurs années. Il est même question que l'année prochaine, les cycles changent, et que le cycle soit CM1-CM2-6ème. L'an dernier, l'inspecteur, qui est féru de langues, a amené une séquence toute prête lors d'une journée de travail commune avec les enseignants de CM2 et les professeurs d'anglais de 6ème. Il s'agissait d'une bande annonce de dessin animé, dont le son avait été coupé, et les élèves devaient recréer la bande son en anglais. Les enseignants du collège ont trouvé l'idée intéressante, et nous avons proposé (nous étant les professeurs des écoles) de travailler avec le professeur de technologie, en informatique pour la conception de la bande son. Mais là, il y a encore des barrières difficiles à franchir... On a appris à utiliser un mur (informatique). Les élèves de CM2 se sont tous présentés en anglais, et les 6ème ont fait une présentation du collège en anglais. C'est un démarrage. C'est pianissimo mais c'est déjà bien. On se voit également pour tous les PPRE passerelles (Programme Personnalisé de Réussite Educative) pour les élèves en situation de handicap scolaire, où on rencontre certains enseignants et on discute des cas individuellement. Le relais n'est pas toujours respecté, en fonction de l'implication et de la motivation des enseignants du collège. Certains ne se sentent pas concernés, et c'est bien dommage parce que cela à un impact sur la suite de la scolarité de ces élèves. 

Bon, je crois qu'on arrive à ma dernière question. Est-ce que vous pouvez me donner votre définition de l'instituteur idéal ?  Quelqu'un de bienveillant, quelqu'un qui est à l'écoute, qui est dans la communication et dans le dialogue, et surtout, quelqu'un qui aime ce qu'il fait. 

Et qui respecte les enfants en tant qu'individus ?  Oui, bien évidemment. Après, je pense que c'est quelqu'un qui doit être bien dans ses baskets, vraiment. Parce que je pense que les enfants trouvent toujours la faille et qu'il faut être bien soi-même pour être bien avec des enfants. 

Merci à vous de votre disponibilité pour cette interview et ce partage d'expérience ! Avec plaisir !

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