Il n'y a pas de parent parfait

Nous courons tous après une chimère : être le parent parfait. Avoir des enfants toujours propres, polis, sages, avec une moyenne frôlant le A en primaire et oscillant entre le 16 et le 18/20 à partir du collège. Avouez, j'exagère à peine !

Si vous avez l'occasion d'aller écouter Isabelle Filliozat en conférence, n'hésitez pas une seconde. Sa capacité à nous faire rire de nos difficultés quotidiennes de parents nous déculpabilise. Et ça, ça fait du bien ! 

Il y a environ trois mois, j'ai assisté à sa conférence à Cazères (31), une petite ville de province. Belle initiative de l'espace Parents, ce fut également une réussite puisque nous étions 400 à l'écouter attentivement.

Après une introduction rapide, Isabelle Filliozat nous a proposé de nous mettre par groupe de 6 personnes et de prendre un temps de réflexion pour poser 1 question, qu'elle traiterait au cours de la soirée. 

COMMENT AIDER NOS ENFANTS A PRENDRE CONFIANCE EN EUX ? 

Cette question est rarement abordée dans la vie de tous les jours. On parle de couches, de premiers pas, de la lecture, des apprentissages, de leur adaptation à l'école... mais rarement de leur confiance en eux. 

C'est une question cruciale. Car de cette confiance en eux dépendra leur vie, leur réussite scolaire, leur ouverture au monde, aux autres, leur manière d'envisager leur vie affective et professionnelle. On pense souvent que cela se fera au fur et à mesure, qu'ils apprendront en temps voulu, et qu'ils se débrouilleront, comme nous l'avons fait nous-même.

Et puis, surtout, on ne sait pas vraiment comment faire. Trop d'affect, trop de parallèles avec notre propre histoire, nous avons du mal à prendre du recul pour savoir comment les éduquer sans faire trop d'erreurs. Et le regard de l'entourage ne nous aide pas ! Il est parfois lourd de reproches, dans le jugement ou dans le conseil (pas toujours très judicieux). 

Mais nous avons souvent tendance à oublier que, comme nous, nos parents ont aussi "ramé" pour nous éduquer. Ils ont souvent fait semblant, donnant l'impression d'être dans le contrôle. Intérieurement, ils savent très bien qu'ils ont fait des erreurs, qu'ils nous ont fait du mal, mais c'est souvent trop douloureux à admettre. 

Beaucoup d'entre nous ont été éduqué par la honte et la culpabilité. De la part de nos parents et/ou de nos enseignants. Il faut arriver à regarder nos enfants avec tendresse, pour éviter de leur donner le pouvoir de réveiller ses sentiments malsains de culpabilité ou de honte. 

Les regarder avec tendresse, c'est aussi accepter qu'ils puissent trébucher, se tromper, expérimenter, sans jamais se moquer d'eux.

NOS RÉPONSES SONT-ELLES DES AUTOMATISMES ?

Isabelle Filliozat nous explique que ces souvenirs ancrés et inscrits dans notre cerveau depuis l'enfance nous poussent à agir par automatisme (autant les gifles que les réponses du genre "parce que c'est comme ça !").

Nos comportements n'ont rien d'éducatifs, ils sont le reflet de notre propre vécu. Et on a une fâcheuse tendance à reproduire à l'infini ce qui ne fonctionne pas. Autant avec nos enfants que nos conjoints. Le cerveau analyse la situation, et doit rapidement faire un choix entre 2 options : avoir peur ou être en colère. Isabelle Filliozat parle ici des neurones miroir, qui nous permettent de ressentir ce que l'autre ressent. Mais nous n'avons pas envie de revivre ces ressentis d'enfants (trop de mauvais souvenirs) et il vaut mieux faire le choix de prendre le rôle du parent, car dans l'instant, il parait (à première vue) plus confortable. 

Pour stopper ce processus, il est important de s'offrir un temps, au moment où le conflit se déclenche, pour ressentir à quel moment de notre vie, enfant, nous avons été confronté à une situation similaire. S'accorder du temps pour se réconforter face au passé, peut permettre d'avoir ensuite une approche plus posée.

COMMENT FAIRE, LORSQUE LE COUPLE NE PARTAGE PAS LA MÊME CONCEPTION DE L'EDUCATION ?

Le parent ayant le moins souffert dans son enfance, peut aider l'autre parent à modifier son comportement. Il faut savoir que tous les parents ne sont pas égaux face à leur capacité à apporter de l'amour.

Un parent blessé, abîmé dans l'enfance par manque d'amour et de tendresse aura souvent plus de mal instinctivement à en donner à son enfant. "Je prends soin de..." n'a pas été suffisamment nourri dans son enfance. On ne lui a pas donné le bon exemple. ​ Plusieurs études scientifiques tendent à démontrer que l’ocytocine à un rôle essentiel dans la reconnaissance sociale, l'empathie mais également le stress. Une personne ayant reçu peu d'amour aura plus de difficultés à en donner plus tard. 

Un enfant qui a vécu dans la peur et l'insécurité permanente (maltraitance morale ou physique, humiliation...) aura un circuit de stress beaucoup plus développé et prêt à se déclencher à la moindre alerte inconfortable. Il est alors essentiel de parler dans le couple, de sorte que chacun puisse comprendre ses propres souffrances enfantines.  

Sur le même principe, un parent peut se sentir "agressé" par la tendresse ou les câlins de son enfant, ou de son ou sa conjoint(e), s'il n'a pas lui-même eu la chance de vivre cette tendresse avec ses propres parents. Il est alors important d'être dans la compréhension et la verbalisation.

Il est important de réparer les traumatismes vécus dans notre propre enfance afin d'apprendre à réguler ses émotions et ses comportements face à l'enfant.

QUELLES SONT LES CAUSES DE RÉVEILS NOCTURNES CHEZ L'ENFANT ?

Les réveils nocturnes sont souvent engendrés par un sentiment d'insécurité. Ce sentiment peut avoir des causes multiples. En voici quelques exemples : des parents absorbés par leur travail et peu disponibles pour leur enfant, le non-dit (comme un secret de famille par exemple), un changement d'habitudes qui devient perturbateur, un problème à l'école que l'enfant n'arrive pas à exprimer, etc... 

L'important est d'arriver à aider l'enfant à exprimer ce qu'il ressent. Attention de ne pas lui souffler les réponses. Il peut parfois aussi porter ce que vous n'arrivez pas à exprimer vous même. Les enfants sont des éponges. N'oubliez pas cela ! 

Isabelle Filliozat nous parle également de la théorie de l'attachement (John Bowlby). Il s'agit de cette personne en qui le nourrisson peut avoir le plus confiance, ou du moins qui lui accorde le plus d'attention. C'est normalement la personne qui peut répondre à son besoin d'être en sécurité, son besoin de câlins, son besoin d'expérimenter... L'enfant subit et s'adapte toute la journée face à des situations pas toujours évidentes. Dès qu'il se retrouve le soir avec sa "figure d'attachement", il peut relâcher la pression et évacuer tout ce qu'il a accumulé dans la journée. 

Pour permettre à l'enfant de grandir sereinement, il est important que le père arrive à trouver sa place auprès de son enfant. Cela sous-entend qu'il commence à jouer avec lui, et qu'il le laisse gagner souvent (au début) pour que, petit à petit, l'enfant trouve une autre figure d'attachement. 

Certaines mamans sont attachées à leur enfant comme à un doudou, et n'arrivent pas à laisser la place au papa. Il est important d'en prendre conscience, quitte à se faire aider par une personne extérieure (psychologue ou coach).

Il est important pour le développement de l'enfant de ne pas inverser les rôles. Ce n'est pas à l'enfant de rassurer ses parents sur leur identité, mais bien aux parents de rassurer leur enfant sur son identité. 

Concernant le sommeil, il est important aussi d'oublier cette tradition erronée de l'heure du couchage. Cette question "culturelle" vient perturber le sommeil des enfants, mais aussi des adultes. 

Chaque personne est unique et le sommeil ne se commande pas. Chacun à sa propre horloge interne (c'est la mélatonine qui déclenche le sommeil).

Qu'est ce que ça veut dire ? Qu'il faut être à l'écoute de son enfant. Repérez (plusieurs soirs d'affilée par exemple) à quelle heure votre enfant commence à frotter son nez, à bailler, à fermer les yeux, être moins agité, etc... C'est valable, quel que soit l'âge de votre enfant (même adolescent). Repérez les signes qui montrent qu'il est l'heure pour lui, et là, à ce moment-là, ne l'emmenez pas dans la salle de bain pour se laver les dents (même si c'est important, son sommeil l'est plus encore !).

Pour les plus jeunes, prévoyez les routines tôt (toilette, pyjama, lavage des dents...) pour que vous puissiez, dès qu'il se frotte le nez, l'emmener au lit et lui dire "frotte ton nez sur l'oreiller, ferme les yeux et dodo" et vous verrez, ça marche !!!

QUE SIGNIFIE NOS RÉACTIONS DISPROPORTIONNÉES ?

Lorsque nous avons une réaction disproportionnée avec notre enfant, il faut savoir écouter nos émotions négatives. Est-ce de la peur ou de la colère ? Est-elle due à notre enfant ? Est-ce réellement lui le déclencheur ? Ou est-ce une émotion non verbalisée, à une autre personne, au cours de notre journée ? Notre conjoint(e), notre patron, notre collègue, etc....

POURQUOI A-T-ON DES ATTENTES DIFFÉRENTES EN FONCTION DES ENFANTS ? Notre propre position dans notre fratrie a un impact sur notre comportement. Cela nous rend plus attentif à un enfant qu'à un autre. D'autres éléments peuvent jouer également : comment s'est passé l'accouchement, avait-on des colères non exprimées à ce moment-là, nos émotions étaient-elles bloquées ou refoulées ?

Nos attentes n'ont rien à voir avec l'enfant lui-même, mais avec des images mentales induites. Il est important de les dissocier de l'enfant, et lui enlever cette pression inutile. 

Vous pouvez retrouver Isabelle Filliozat sur sa chaine YouTube. Elle répond aux questions posées.

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Corrections le 22/06/2020

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